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Lettre ouverte à Gilles Lurton, Maire de Saint-Malo

26/10/2026

Lettre ouverte à Gilles Lurton, Maire de Saint-Malo

En 2021, vous avez engagé la mise en place de l’annualisation du temps de travail : 1607 heures par an et par agent.e (pour un temps complet).
Pour les personnels, cette réforme « imposée par la loi » se traduisait par la perte sèche de 3 à 7 jours de congé payé par an. Donc, une assez nette augmentation du temps de travail.
À l’époque, vous vous êtes dégagé de toute responsabilité en rappelant : « C’est la loi, même si je ne l’ai pas votée à l’époque, elle s’impose à tous » (Ouest-France, 17/06/2021).

En guise de compensation, vous avez promis « la déprécarisation de certains emplois, la mise en place d’une prévoyance pour tous les agents qui sera prise en charge par notre collectivité et le doublement de la participation de la ville, de 17 à 34 €, dans la prise en charge de la mutuelle des agents. Et enfin la souplesse dans l’organisation du temps de travail. » (ibid.).
Cinq années ont passé.

Certain.es agent.es sont, en effet, sorti.es de la précarité. D’autres n’ont pas eu cette chance. Comme cet agent dont nous tairons le nom, fiable, dévoué et travailleur, sous contrat depuis plus de 10 ans, dont vous avez supprimé une partie du salaire parce qu’un règlement à la légalité douteuse vous a permis de le faire. Et que dire de ces autres agent.es en CDD depuis des années, précaires d’entre les précaires, mis.es à la disposition des écoles privées de Saint-Malo et que votre administration semblait avoir oublié.es ?
La protection sociale pour les agent.es a bien été mise en place. Depuis, et, sans surprise, les organismes ont augmenté leurs tarifs et nous avons pu constaté à quel point vous étiez impuissant à les en empêcher, quand bien même ces augmentations apparaissaient comme illégales. Ainsi, petit à petit, la « compensation » s’érode. Les jours de congé, eux, sont bel et bien perdus.
Quant à la souplesse dans l’organisation du temps de travail, parlez-en à vos personnels des écoles, des crèches, de la propreté urbaine, parlez-en aux animateurs et aux animatrices, aux agent.es à temps partiel, vous ne serez pas déçu. Il est vrai qu’on vous voit peu dans les services. Vos adjoint.es non plus d’ailleurs.
Cinq années ont passé et, parmi les personnels, beaucoup sont fatigués et amers. En avril, des agentes des écoles et des crèches, ainsi que leurs collègues de la propreté urbaine ont fait grève. Vous les avez reçus, vous les avez écoutés. Après plusieurs semaines de dialogue, qu’ont-elles obtenu ? Le paiement de leurs heures de travail durant les fêtes des écoles (qui, auparavant, relevaient d’une forme plus ou moins obligatoire de bénévolat) et le droit effectif à la formation. C’est peu. Car le reste – pool de remplaçant.es, charte des Atsem, dialogue avec l’Éducation nationale – relève soit de dossiers déjà engagés, soit de vœux pieux. Et quand elles évoquent la pénibilité de leur métier, qui a bien changé depuis l’école inclusive et l’accueil des moins de 3 ans, quand elles vous interrogent sur la reconnaissance de cette pénibilité largement documentée, vous restez vague.
Quant aux agentes des crèches, vous leur avez promis un dialogue en septembre « avec la même qualité d’écoute et d’échange », selon la formule de votre adjoint aux RH qui, rétrospectivement, ne manque pas de sel puisque ces personnels attendent toujours, malgré leurs multiples rappels. Pour elles aussi, la pénibilité de leur travail est documentée (avez-vous lu le rapport « Gestes invisibles » du Syndicat national des professionnel·le·s petite enfance, que nous vous avions communiqué ?) et doit être reconnue. Plusieurs collectivités se sont engagées sur cette voie afin de valoriser ces métiers et rendre le secteur plus attractif.
À plusieurs reprises, nous avons essayé de vous rappeler à vos engagements tant vis-à-vis des professionnel.les de la Petite enfance que de la propreté urbaine. Vous avez observé un silence qui nous a paru méprisant.
Et que dire de ce que nous avez découvert tout récemment ? Les agent.es de ces secteurs ont été trompé.es durant des années sur le droit de grève. La Ville de Saint-Malo leur a fait croire qu’ils et elles étaient soumis.es au service minimum, et donc dans l’obligation de se déclarer grévistes 48 heures à l’avance voire, pour celles et ceux qui souhaitaient débrayer une heure ou deux, de faire grève toute la journée. Or, ce « service minimum » était fictif car ne reposant sur aucune négociation avec les organisations syndicales représentatives, ni aucune délibération. Déconsidérez-vous à ce point le droit de grève, qui figure parmi les libertés fondamentales ?
À l’heure où, de la jeunesse aux actifs en passant par le retraités, des centaines de milliers de personnes manifestent pour être entendus, avec les débordements de rage et de désespoir que vous connaissez, nous nous interrogeons sur votre approche du « dialogue social ». Êtes-vous, vous aussi, muré dans votre tour d’ivoire ? Quelles sont vos priorités en termes de reconnaissance, de rémunération, d’embauches, de management, de sécurisation des parcours professionnels ? Que dites-vous aux personnels à qui vous avez adressé une promesse de dialogue et qui attendent d’être écoutés ?
Nous osons croire que vous saurez respecter vos engagements.
Veuillez recevoir, Monsieur le Maire de Saint-Malo, l’expression de nos salutations syndicales.


Le bureau CGT des Territoriaux du Pays de Saint-Malo

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